20. nov., 2019

Un endroit où se ressourcer dans le sud marocain

Le chat dort à l’ombre des murs de terre ocre, le petit âne Zeitoun, passe son museau par la lucarne du grand salon de plein air, des cris d’enfants et les sons étouffés des djembés parviennent jusqu’à moi. Je suis à M’Hamid, l’ancien dans une jolie palmeraie du Draa au bord du désert, chez Ali, touareg né au village et Christiane, hôtelière de profession, et plus précisément à la kasbah Alladin.

Ici, tout est quiétude, comme si le désert aux portes de la kasbah nous dictait déjà sa loi. Des tapis multicolores, des coussins bien ventrus et la chaleur de l’après-midi incitent à la paresse et à la méditation.

Tout est hospitalité aussi, Youssef et Omar à la cuisine préparent le tajine traditionnel avec beaucoup de légumes, on peut jeter un œil derrière leur épaule pour connaître le secret des épices qui donnent un si bon goût, les grenades au sang rouge s’égrainent dans le plat de terre coloré, fabriqué à Tamgroute, à quelques kilomètres de là par les artisans. Bientôt le repas ; on se rince les doigts, comme il se doit ici, au filet d’eau issu d’un joli récipient argenté. Les convives prennent place, Ali et Christiane vérifient que rien ne manque.                                                                                                   Minna, toute en couleur vient du froid, de la belle ville de Besançon, Algérienne d’origine, elle a entrepris de m’apprendre quelques mots de Darija, la langue parlée ici ; Aziz, musicien professionnel est venu pour le Festival de musiques nomades de Tarragalte, qui se tient chaque année près d’ici, dans les dunes ; il nous régale de belles envolées de djembés accompagné d’Ali, de Christiane et de ceux qui ont envie de s’essayer ; Claude, adepte du yoga est prêt à redresser notre dos, et notre posture à tout moment, et hop !... Convivialité et gaieté règnent tout autour des tables.

Ce matin on s’est promenés dans le ksar, le vieux village dont l’entrée se trouve juste en face de la kasbah. Difficile de s’y risquer sans guide, car c’est un véritable labyrinthe de ruelles qui s’enfonce  dans l’obscurité de la terre et parfois le halo de lumière de l’extérieur ne pénètre que faiblement. Les maisons en pisé sont encore très authentiques, les terrasses de chaque maison  surplombent la palmeraie et le désert ; des silhouettes se dessinent derrière les moucharabiés, des femmes chargées de fagots de palmes pour faire cuire le pain se déplacent sans bruit dans les méandres du ksar. Le muezzin appelle à la prière depuis la mosquée toute proche.

Cet après-midi, nous faisons la fête avec les enfants du centre de loisirs créé par Ali et Christiane. Ils dessinent, jouent à des jeux de société, chantent, font de la musique, et font aussi leurs devoirs d’école… Chaque jour, ils attendent avec impatience l’ouverture du centre situé dans une grande maison de terre à côté de la kasbah. Les gens de passage participent volontiers aux activités, le temps d’un jeu ou d’une danse.

Demain, c’est le départ pour le bivouac de Chegaga, à 70 km. Cette fois-ci on part en 4X4, vers les grandes dunes, la prochaine fois nous irons avec les dromadaires, 3 à 4 jours, selon les marcheurs. Je me réjouis de prendre la piste, de voir les troupeaux de dromadaires, les chèvres et les plantes du désert, d’écouter les récits et explications d’Ali autour du feu et aussi de regarder la voie lactée et la pluie d’étoiles filantes.

Une semaine dans cet univers simple, mais non sans confort, près de gens chaleureux et soucieux de nous faire partager leur conception de la vie et leur culture permet de renouer avec le sens profond de l’existence. « Ma kain mouchkil «  : ça veut dire, il n’y a pas de problèmes. Cette expression a marqué mon séjour à M’Hamid. Inch’allah.